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LE DIABLE S’HABILLE EN BALENCIAGA

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LE DIABLE S’HABILLE EN BALENCIAGA

cover le diable

J’allais cracher mon venin sur le dernier défilé Balenciaga mais je dois dire que, pour une fois, Demna Gvasalia a mis le holà sur les dégaines de clodos berlinois qui l’ont rendu célèbre. Bonne nouvelle pour moi donc (mais aussi pour la mémoire de pobrecito Cristobal), la collection présentait essentiellement des costumes mal coupés sur cols roulés et cheveux gras. On s’en tape, mais pourquoi pas.

OBSESSION 90’s

Rassurez-vous les hipsters : parmi les 109 looks définis comme “Hardcore Chic”  par Vogue.com (HAHA) s’étaient quand même glissées des dégaines dégueulasses dont seul Demna Gvasalia a le secret. 

Faudrait pas renier quatre ans de laideur érigée en art de vivre.

 Au programme, le sempiternel bas de jogging remonté jusqu’au nombril avec t-shirt bien rentré + sacoche de dealer, doudoune cheloue ou parka Kechua à 10 000 balles et coupe de cheveux à la Dumb & Dumber. Seules les grosses baskets “Dad Shoes” nous auront été épargnées, remplacées par de nouveaux accessoires garantis100% “amazing”, les sacs de courses en papier craft.

Détails sacs craft et papier Balenciaga FW19/20
copyright : vogue
Balenciaga FW19–20 ©Vogue

Demna Gvasalia, ou le mec qui devrait comparaître au tribunal de la Haye pour avoir érigé le pire des années 90 en summum du cool, n’aura pas résisté à la tentation de recycler sa dégaine préférée venue des confins de l’enfer. C’est tellement super de s’habiller comme les pauvres, mais en cher !

 

DU COUTURIER AU D.A

Parce que c’est ça dont il s’agit. Gvasalia, comme nombre de ses copains à la tête de grandes maisons, ne sont pas des stylistes, encore moins des couturiers, mais des directeurs artistiques qui multiplient les coups de force sur instagram pour masquer leur incompétence notoire.

Défilés spectaculaires, collabs, accessoires ultra-photogéniques… il faut que chaque collection soit rentable au plus vite et, comme ils ne savent pas penser le vêtement, ils pensent le style.

Demna Gvasalia fait partie d’une génération d’étudiants en stylisme perfusée aux friperies les plus confidentielles des quartiers populaires de Paris. Malgré les rares pépites, on y trouve essentiellement le pire de la fin des années 90/2000 et des basiques teintés de kitsch dans des tailles gigantesques ou trop petites.

Parmi l’écrasante majorité de clientèle précaire, quelques étudiants et artistes y dénichent de quoi faire l’affaire le temps de se lasser ou le temps d’une soirée, mais sans plus. Demna Gvasalia en a fait une attitude. Personne n’a été gêné aux entournures en se précipitant aux défilés de son label Vetements qui voyaient se succéder des looks que Zézette et Katya n’auraient pas reniés, soit 50 nuances de pauvres, les unes après les autres. 

« C’est l’Armée du Salut ! » me disait-on à l’oreille en gloussant, parcouru par une envie toute bourgeoise de s’encanailler. Bah oui c’est l’Armée du Salut. Justement.

PAUVRETÉ IS THE NEW BLACK

J’ai envie de dire, qu’il fasse ce qu’il veut chez Vetements, c’est sa marque, son label, son enfant. Mais please, est-ce qu’on pourrait arrêter de massacrer l’histoire de Balenciaga sur l’autel de tout ce que le maître n’aimait pas ?

Personne n’éprouve de malaise à ériger une panoplie subie en cool ultime, sans parler des marges x1000 ?

C’est très facile de piller le patrimoine culturel des gens précaires. Et, comble du cynisme, ils ne peuvent rien y faire. Si on pouvait juste arrêter d’y accoler le nom d’un couturier visionnaire qui donna une leçon d’élégance au monde entier, ce serait super.

Ah bah si, j’ai craché mon venin.

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