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DESSINONS LA MODE #1

LES AVANT-GARDISTES

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DESSINONS LA MODE #1

Cover avant gardistes Matty Bovan SS20

Bienvenue dans la trilogie « Dessinons la mode », une série de 3 articles qui décryptent les 3 courants de marques qui révolutionnent la Fashion Week. Ce sujet est le numéro 1 : les avant-gardistes.

AVANT-PROPOS

Dans la famille « à quoi les défilés de mode servent-ils ? », je demande : à quoi la Fashion Week sert-elle ? Avant, t’y allais la tendance dans la peau, prêt.e à balancer un petit « le gris c’est le nouveau noir » à qui voulait l’entendre. Objectif ? Sortir ton analyse de tendances avant les autres, soit une liste des fameux « points communs style » repérés parmi tous les défilés.

Mais ça c’était avant. Quand on a un peu de jus de cerveau (moi), on constate que

1/les tendances se suivent et se ressemblent donc ça commence à bien faire

2/ il y a des phénomènes plus « macro » qui traversent les marques, comme la question de la conception éthique et durable. Plus green que jamais avec les derniers défilés Stella McCartney ou Courrèges, la Fashion Week aborde les questions environnementales depuis plusieurs saisons déjà. On est même plus dans la tendance, quoi.

Alors c’est QUOI l’intérêt, les gars ? Dixit l’excellent article de Leandra Medine dans Man Repeller du 11 septembre 2019 :

« À la place des tendances émergent de nouvelles écoles, de nouveaux camps ou groupes – peu importe comme on les appelle – créés par les designers eux-mêmes. »

Ce qui saute aux yeux n’est plus cette couleur qui obsède nombre de designers ou le retour d’une certaine longueur de jupe. Non, ce qu’on remarque le plus, et ce qui est nouveau, c’est que les marques se scindent de plus en plus en différents courants et forment, consciemment ou non, des sortes de clans.

J’en identifie trois : les avant-gardistes, les suiveurs et les stars.

 CHAPITRE 1 : LES AVANT-GARDISTES

Futurwear, genderfluid et mauvais-goût : voilà autour de quoi se rassemblent un paquet de nouveaux labels plus intellos tu crèves. Pour ceux qui ronquaient en cours d’anglais, le futurwear est un dressing qui imagine les vêtements de demain et le genderfluid, un concept qui abolit les frontières entre masculin et féminin. Ajoutez à cela une passion pour ce que le commun des mortels qualifierait de « moche » ou de « ridicule » et vous obtiendrez l’idée de mode commune qui anime toutes ces griffes.

À New York, il s’agit de marques comme Area, Chromat, Gypsy Sport, Telfar ou Eckhaus Latta. À Londres, Matty Bovan, Richard Malone et Kiko Kostadinov sont de dignes repérésentants des avant-gardistes tout comme GCDS à Milan. À Paris, les célébrissimes Vetements, Marine Serre ou Koché tiennent le haut du pavé, talonnés de près par Afterhomework, Germanier, Ludovic de Saint Sernin ou Anrealage.

Ces nouvelles griffes, souvent cosmopolites et réunies en collectifs, utilisent le défilé à des fins politiques. L’idée ? Bousculer le beau, l’élégant au profit de nouvelles formes tournées vers l’avenir, interroger le vêtement tel qu’on le porte en fonction du genre mais aussi de ce qui nous paraît actuel ou assorti, de ce que le système nous intime à porter. Autre objectif, bousculer la norme du « mannequin ». Transgenres, plus sized, seniors, punks à chiens… « l’inclusivité » est le maître mot quand certains crieront au « freak show ».

Applaudis par la critique, ces labels disruptifs (d’aucuns diraient « foudingues » ou « chelous ») s’adressent à une niche de nerds avec Bac + 10 en fashion studies.

T’aimes ou t’aimes pas, mais ils se placent indéniablement dans le sillage des couturiers les plus controversés des années 80/90 aujourd’hui intouchables, j’ai nommé Martin Margiela, Rei Kawabuko et John Galliano. Comme eux, ils considèrent le vêtement comme un objet culturel sur lequel on fait de la recherche et passer des messages, pas forcément comme une pièce à enfiler pour aller chez Franprix. Donc pas la peine de hurler « c’est importable » à tour de bras, leur démarche n’est pas là. L’écueil : la fringue gadget, le défilé 100% prétexte sans véritable couturier derrière.

La suite dans Dessinons la Mode, chapitre 2 : Les Suiveurs. et chapitre 3 : Les Stars.

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